Amour et différence : un film réalisé grâce au concours La Course en Solidaire

Lauréates de la Course en Solidaire 2014, Alexandra Tournay et Emilie Moreau-Gomis ont depuis concrétisé leur projet grâce aux 4000€ remportés via le concours. Elles nous expliquent comment elles sont parvenues à réaliser 2 films de sensibilisation sur la sexualité des jeunes déficients intellectuels légers.

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Le prix régional de la Course en Solidaire 2014 avait été remporté par deux jeunes étudiantes niortaises. Elles avaient pour projet de sensibiliser à la contraception et à la sexualité, des personnes souffrant d’un handicap mental léger. Depuis la remise de prix, Alexandra Tournay et Émilie Moreau-Gomis ont fait du chemin ; elles nous expliquent comment elles sont parvenues à réaliser 2 films de sensibilisation financés grâce aux 4 000 € du prix régional.

MFPC : Comment vous est venue cette idée ?

Alexandra et Émilie : C’est dans le cadre de nos études que nous nous sommes rencontrées. Nous avons suivi un Master IPHD (Intégration des Personnes Handicapées et en Difficultés). Et c’est dans ce cadre que nous avons imaginé un projet sur la thématique « vie affective et sexuelle – contraception et handicap mental ». Suite à un diagnostic auprès des acteurs du handicap du Poitou-Charentes, nous avons décidé de créer le projet « DIL’Sensi’Contraception ». L’objectif est de sensibiliser les jeunes déficients intellectuels légers sur l’importance d’une contraception choisie dans leur vie affective et sexuelle. Mais aussi de toucher en même temps, les professionnels qui les accompagnent, leur entourage, et le grand public…

* DIL : Déficience Intellectuelle Légère

MFPC : Pourquoi avoir choisi la vidéo ?

Alexandra et Émilie : La vidéo est adaptée à un public souffrant d’un handicap mental. L’image permet de mieux délivrer un message plutôt qu’un texte ou une plaquette d’information. En plus la vidéo est un outil de sensibilisation novateur grâce à sa dimension participative. Elle permet de délivrer des messages simples et percutants notamment ici grâce au slam. Et nous avons voulu réaliser une vidéo qui s’adresse à tous les jeunes en situation de handicap mental léger mais aussi aux professionnels, familles et d’une manière générale du grand public.

MFPC : Comment s’est passée la réalisation des films ?

Alexandra et Émilie : Pour sa conception, réalisation et production, nous avons fait appel à l’artiste Châtelleraudais Lhomé qui est aussi slameur-rappeur. Des jeunes acteurs eux-mêmes en situation de handicap mental, ont participé activement à sa création. Nous les avons rencontrés à travers les services de Trisomie 21 Deux-Sèvres et de l’IME Henri Wallon de l’APAJH 86.

MFPC : Et pour l’écriture des scénarios ?

Alexandra et Émilie : Nous avons organisé des ateliers d’écriture avec ces jeunes pour qu’ils puissent s’exprimer librement sur ce sujet. Nous étions présentes pendant les séances pour aborder les notions de contraception et de choix. Accompagné par Lhomé, ils ont coconstruit le texte slam et choisi la musique. Il a pu les mettre en confiance grâce à des jeux, des techniques de self-défense pour se protéger en cas d’agressions sexuelles et leurs rappeler des informations importantes pour lutter contre la vulnérabilité de ce public.

Ce qui est ressorti de ces séances d’écriture, c’est  une volonté d’être libre d’aimer, de choisir, le droit de ne pas subir et un constat fort d’une inégalité face aux informations sur ce sujet, notamment entre les garçons et les filles.

MFPC : Et comment s’est déroulé le tournage ?

Alexandra et Émilie : Les jeunes, divisés en deux groupes, se sont retrouvés à Châtellerault pendant deux jours entourés des professionnels de chaque structure, des techniciens, d’une maquilleuse, de l’artiste Lhomé et de nous-même pour la captation audio et vidéo. Nous avons bénéficié, à titre gracieux, d’une salle de spectacle et d’un vrai studio d’enregistrement audio grâce à nos partenaires.

Ces deux jours ont suscité beaucoup d’émotions tant pour les jeunes que pour les professionnels : la peur, la joie, le stress, la frustration, de l’amour, de l’excitation, de la passion. Certains avaient « des étoiles dans leurs yeux ». Ce fut des moments magiques, de partage, de tolérance et de bienveillance qui témoignent de la nécessité de créer plus d’espaces de rencontres entre les jeunes en situation de handicap mental.

MFPC : Pourquoi avoir réalisé deux films plutôt qu’un seul ?

Alexandra et Émilie : Le travail des jeunes a été tellement riche que nous n’avons pas créé qu’un seul clip mais deux. Chaque clip utilise une approche différente et complémentaire.

Le premier clip s’intitule « l’amour c’est ». Il est destiné à sensibiliser le grand public sur cette thématique taboue, à savoir la liberté d’aimer et le handicap mental. Les jeunes ont souhaité faire passer un message à leurs pairs : « l’amour symbolique ». On retrouve un côté plus « urbain » dans ce clip.

Le deuxième clip s’intitule « l’amour c’est aussi ». C’est une production plus magistrale et pondérée diffusant des messages percutants et importants pour le public concerné comme pour le grand public. C’est une vidéo destinée à aborder plus facilement la liberté de choix d’une contraception et d’aborder les situations de violences sexuelles.

Au final, les deux films étant complémentaires, ils ont été réuni en un seul court-métrage.

Les 2 films sont notamment accessibles sur la chaine YouTube de la Mutualité Française Poitou-Charentes.

MFPC : De nombreux partenaires vous ont soutenu dans ce projet ?

Alexandra et Émilie : Nous avons travaillé sur ce projet pendant 1 an et demi. Malgré le manque de moyens financiers et matériels, nous l’avons  mené à bien grâce au soutien de nos partenaires. Ce projet a vu le jour grâce au prix de la Course en Solidaire organisé par la Mutualité Française Poitou-Charentes qui a permis le financement du clip. Mais aussi grâce la Région Poitou-Charentes (obtention en novembre 2015 du prix « un autre regard » du concours « Handicaps et Réussites » d’une valeur de 3 000 €), le Centre de Ressources Handicap de l’université de Poitiers et l’association Trisomie 21 Deux-Sèvres.

Pour le côté plus opérationnel, ce sont d’autres partenaires qui nous ont aidé à réaliser concrètement les clips vidéos : l’artiste Lhomé bien sûr, mais aussi l’association Trisomie 21 Deux-Sèvres, l’IME Henri Wallon de l’APAJH 86 et le planning familial des Deux-Sèvres pour un appui technique.

MFPC : Comment allez-vous utiliser cette vidéo ?

Alexandra et Émilie : Par cet outil créé, nous souhaitons sensibiliser un maximum de personnes sur la thématique « vie affective et sexuelle et handicap ». C’est pourquoi, les deux clips seront diffusés par différents moyens : réseaux sociaux, conférences, diverses manifestations… Nous avons d’ailleurs créé une page Facebook « Amour et Différence » pour diffuser la vidéo. Nous vous invitons à aimer notre page et à partager les deux clips créés afin de sensibiliser un maximum de personnes. La thématique étant taboue, il est nécessaire de faire changer les regards et d’instaurer un processus de changement des mentalités pour une meilleure prise en compte de la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap.

Facebook-asso-AXES

Dans cette perspective, nous avons fait la promotion de la vidéo lors de nombreuses manifestations comme le festival des Accessifs de Poitiers, un colloque sur le défi de l’inclusion à Poitiers, un séminaire à Niort regroupant des associations de Trisomie 21, devant des étudiants (lycée de la Venise Verte de Niort, Maison familiale rurale de Brioux-sur-Boutonne), un module de formation pour les Master 1 IPHD sur la méthodologie de projet illustré par le DIL’Sensi’Contraception. Une convention sera également signée prochainement avec la Fédération régionale Poitou-Charentes du Planning familial qui diffusera la vidéo auprès de son réseau via les différents canaux de communication dont elle dispose. D’ailleurs, d’autres conventions vont être mises en place avec les structures partenaires du projet qui souhaitent diffuser les deux clips.

MFPC : Et maintenant quels sont vos projets ?

Alexandra et Émilie : Nous souhaitons développer davantage ce projet et favoriser d’autres actions en lien avec la thématique « vie affective et sexuelle et handicap ». Nous restons convaincues qu’il reste beaucoup à faire sur ce sujet. C’est pourquoi nous avons décidé de créer notre association à Niort, AxE’S, pour la promotion d’actions en faveur des personnes handicapées ou en difficultés. Un site internet est en cours d’élaboration et nous réfléchissons à différents modules de sensibilisation sur la vie affective et sexuelle pour différents publics :

  • Les professionnels qui souhaitent se sensibiliser sur la thématique et/ou sur la méthodologie de projet.
  • L’entourage des personnes en situation de handicap.

Nous allons aussi proposer des interventions de sensibilisation auprès de jeunes en situation de handicap ou du grand public. A ce titre, une convention de partenariat a été signée avec la Mutualité Française Poitou-Charentes qui nous missionnera pour intervenir dans le cadre d’actions de prévention sur ce sujet. En tant que partenaire, la ville de Poitiers va aussi nous soutenir dans la promotion des modules de sensibilisation.